La gouvernance, parent pauvre des M&A
Dans la grande majorité des transactions de fusion-acquisition, la due diligence se concentre sur trois piliers : la finance, le juridique et l'opérationnel. On inspecte les comptes, on vérifie les contrats, on évalue les processus. C'est nécessaire, mais insuffisant.
Ce qu'on oublie systématiquement, c'est la gouvernance. Comment se prennent les décisions dans cette entreprise ? Qui a réellement l'autorité ? Y a-t-il des processus formels ou tout repose-t-il sur une ou deux personnes clés ? Quelle est la culture de la prise de risque ? Comment sont gérés les conflits d'intérêts ?
Ces questions sont pourtant décisives. Une entreprise financièrement saine mais gouvernée de manière chaotique intégrera très mal dans un groupe structuré. À l'inverse, une cible avec des performances modestes mais une gouvernance mature peut être transformée rapidement par un repreneur compétent.
Les trois erreurs de gouvernance les plus fréquentes en M&A suisse
Première erreur : ignorer la dépendance aux personnes clés. De nombreuses PME suisses sont structurées autour d'un fondateur-dirigeant qui concentre toutes les décisions, toutes les relations clients et toute la mémoire opérationnelle. Quand il part, l'entreprise est déstabilisée. Une due diligence gouvernance doit identifier ces risques de dépendance et prévoir des plans de transition spécifiques.
Deuxième erreur : négliger la culture de gouvernance. La "culture" n'est pas un concept flou — c'est la façon dont l'entreprise prend ses décisions au quotidien. Si dans la cible, les décisions importantes se prennent autour d'un café entre deux réunions sans aucune formalisation, et que l'acquéreur est une structure avec des comités, des approbations et des reportings structurés, le choc culturel sera violent et coûteux.
Troisième erreur : retarder la mise en place d'une nouvelle gouvernance. Trop de repreneurs attendent que l'intégration soit "terminée" pour structurer la gouvernance. C'est une erreur fondamentale. La nouvelle gouvernance doit être opérationnelle dans les 90 premiers jours post-closing — c'est la fenêtre d'opportunité pour poser les bases sans résistance excessive.
L'approche IFMD en M&A gouvernance
Chez IFMD Conseils, nous accompagnons les repreneurs avec une due diligence gouvernance systématique. Elle couvre : la cartographie des centres de décision réels (pas ceux de l'organigramme), l'évaluation de la maturité des processus formels, l'identification des conflits d'intérêts latents, et l'estimation du risque de départ des personnes clés post-acquisition.
Nous aidons ensuite à concevoir la gouvernance cible de l'entité intégrée, avec un plan de transition progressive qui minimise les disruptions opérationnelles tout en posant les bases d'une organisation plus performante.
Les transactions qui réussissent en Suisse romande sont celles où le repreneur a pensé aussi loin que la gouvernance avant de signer. C'est ce qui différencie une acquisition de valeur d'un investissement qui finit par décevoir.
Frédéric Matthey est fondateur d'IFMD Conseils Sàrl, cabinet de conseil en gouvernance et stratégie pour PME suisses, basé à Le Landeron (NE). Ingénieur télécom et eMBA, il accompagne des dirigeants dans leurs acquisitions et leur gouvernance depuis plus de 10 ans.